Vous avez toujours réussi à tout gérer. Ou du moins, à donner cette impression.
Votre travail, les enfants, les rendez-vous, les imprévus, les courses, les obligations familiales…
Vous avez appris à anticiper, à faire des listes, à vérifier trois fois votre agenda. Vous êtes peut-être devenue une championne de l’organisation. Pas nécessairement par plaisir, mais parce que sans cette organisation, tout semblait risquer de vous échapper.
Et puis, autour de 40 ou 50 ans, quelque chose change.
Vous oubliez davantage de choses. Vous commencez plusieurs tâches sans les terminer. Vous cherchez vos mots. Vous supportez moins bien les interruptions. Votre sommeil devient capricieux.
Vous avez parfois l’impression de ne plus être aussi efficace qu’avant.
« C’est la ménopause », vous dit-on.
Peut-être. Mais pas forcément uniquement.
Et si cette période révélait aussi des difficultés attentionnelles que vous aviez appris à compenser depuis des années ?
C’est l’une des questions que soulèvent les recherches récentes sur le TDAH chez les femmes.
Le TDAH chez les femmes : un trouble longtemps passé sous les radars
Lorsqu’on évoque le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), beaucoup imaginent encore un petit garçon incapable de rester assis en classe.
Cette représentation est réductrice.
Chez certaines filles et femmes, les difficultés se manifestent davantage par une inattention, une désorganisation, une agitation intérieure ou une difficulté à réguler les émotions.
Une femme peut avoir été une élève sérieuse, obtenu des diplômes, construit une carrière et fondé une famille tout en rencontrant des difficultés importantes.
Certaines développent des stratégies de compensation particulièrement exigeantes : anticiper constamment, travailler davantage, multiplier les rappels ou rechercher un contrôle permanent de leur environnement.
Ces stratégies peuvent être efficaces, mais parfois épuisantes.
Les recherches soulignent que les présentations moins visibles du TDAH, les attentes sociales et certains biais diagnostiques peuvent contribuer à un repérage tardif chez les femmes.
Réussir professionnellement ou avoir été une bonne élève n’exclut donc pas un TDAH.
À l’inverse, être désorganisée, fatiguée ou distraite ne suffit pas à conclure à ce diagnostic.
Pourquoi les difficultés peuvent-elles devenir plus visibles après 40 ans ?
La quarantaine n’est pas une frontière biologique.
Certaines femmes commencent à ressentir les effets de la transition hormonale avant 40 ans, d’autres bien plus tard.
La périménopause correspond à une période de fluctuations hormonales précédant la ménopause. Elle peut s’accompagner de troubles du sommeil, de changements d’humeur, de difficultés de concentration ou d’une sensation de brouillard mental.
Chez une femme présentant déjà un TDAH, ces changements peuvent se superposer aux difficultés attentionnelles préexistantes.
Le rôle possible des œstrogènes
Les œstrogènes interviennent dans différents mécanismes cérébraux, notamment ceux impliquant la dopamine.
Or, la dopamine participe à plusieurs fonctions concernées par le TDAH, dont la motivation et certains processus attentionnels.
Les chercheurs s’intéressent donc à l’influence des fluctuations hormonales sur l’expression des symptômes du TDAH.
Une revue scientifique publiée en 2025 souligne que les transitions hormonales peuvent influencer les difficultés cognitives et émotionnelles des femmes présentant un TDAH.
Cependant, les mécanismes exacts et l’ampleur de ces effets restent insuffisamment étudiés.
La périménopause ne crée pas un TDAH. Elle peut contribuer à rendre plus visibles des difficultés déjà présentes.
Quand les stratégies de compensation ne suffisent plus
Imaginez une femme qui a toujours fonctionné avec un agenda très structuré.
Elle anticipe tout, prépare ses journées à l’avance et vérifie régulièrement qu’elle n’a rien oublié.
Puis arrivent des nuits moins réparatrices, davantage de fatigue, des responsabilités familiales qui évoluent et une concentration plus fluctuante.
Ses stratégies habituelles lui demandent soudain beaucoup plus d’efforts.
Ce n’est pas nécessairement qu’elle a perdu ses compétences.
Il est possible que les ressources qu’elle mobilisait pour compenser certaines difficultés soient devenues moins disponibles.
Mais cette situation peut aussi s’expliquer par d’autres facteurs, sans TDAH sous-jacent.
D’où l’importance de ne pas tirer de conclusions trop rapides.
TDAH, périménopause ou charge mentale : comment faire la différence ?
C’est probablement l’une des questions les plus importantes.
Car plusieurs manifestations peuvent se ressembler.
| Difficulté ressentie | Explications possibles |
|---|---|
| Oublis fréquents | TDAH, fatigue, sommeil insuffisant, stress, transition hormonale |
| Difficultés de concentration | TDAH, anxiété, dépression, troubles du sommeil, périménopause |
| Procrastination | Difficultés exécutives, surcharge, anxiété, épuisement |
| Irritabilité | Fatigue, stress, fluctuations hormonales, difficultés émotionnelles |
| Désorganisation | TDAH, multiplication des responsabilités, manque de repos |
| Brouillard mental | Périménopause, sommeil perturbé, autres causes médicales |
Ce tableau n’est pas un outil diagnostique.
Il montre simplement pourquoi il serait réducteur d’attribuer automatiquement ces manifestations à une seule cause.
Une question essentielle : depuis quand ?
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement.
Son diagnostic repose notamment sur la recherche de manifestations présentes dès l’enfance, même si elles n’avaient pas été reconnues à l’époque.
Une femme peut découvrir son TDAH à 48 ans sans que celui-ci soit apparu à 48 ans.
À l’inverse, des difficultés attentionnelles apparues récemment nécessitent d’explorer d’autres explications.
Un professionnel de santé formé au diagnostic du TDAH chez l’adulte pourra examiner l’histoire développementale, les symptômes actuels, leur retentissement et les autres causes possibles.
Le sommeil : un facteur souvent sous-estimé
Vous vous couchez fatiguée.
Mais votre esprit semble avoir décidé de tenir une réunion à 23 h 30.
Vous repensez à la journée, à ce que vous avez oublié, à ce qu’il faudra faire demain.
Puis, lorsque vous parvenez enfin à dormir, une bouffée de chaleur vous réveille.
Le lendemain, votre concentration n’est pas au rendez-vous.
Chez certaines femmes, le TDAH, les difficultés de sommeil et les manifestations de la périménopause peuvent se cumuler.
Le manque de sommeil peut notamment affecter la mémoire de travail, l’attention et la régulation émotionnelle.
Il peut donc accentuer des difficultés déjà présentes.
Mais il peut aussi, à lui seul, provoquer des troubles cognitifs importants.
Avant de conclure à une aggravation du TDAH, il est essentiel d’examiner la qualité du sommeil et les facteurs susceptibles de le perturber.
Charge mentale : quand tout repose sur votre capacité à anticiper
Il y a ce que vous faites.
Et puis il y a tout ce que vous devez penser à faire.
Prendre un rendez-vous médical, prévoir un cadeau, répondre à un message, organiser les repas, gérer un imprévu professionnel, anticiper les besoins des autres…
Une grande partie de ce travail est invisible.
Chez certaines femmes présentant un TDAH, les difficultés de planification, de priorisation ou de mémoire de travail peuvent rendre cette charge particulièrement éprouvante.
Mais attention à ne pas confondre deux réalités.
Une charge mentale excessive peut épuiser n’importe qui, avec ou sans TDAH.
La réponse ne consiste donc pas toujours à apprendre à mieux s’organiser.
Parfois, il faut surtout diminuer le nombre de choses à gérer.
Et cela mérite d’être dit.
Le diagnostic tardif : entre soulagement et remise en question
Recevoir un diagnostic de TDAH à 45, 50 ou 60 ans peut modifier le regard porté sur son histoire.
Certaines femmes comprennent différemment des difficultés anciennes.
Elles repensent à leur scolarité, à leur rapport au travail, à leurs relations ou à cette impression de devoir fournir davantage d’efforts que les autres.
Pour certaines, cette découverte apporte du soulagement.
Pour d’autres, elle s’accompagne de colère, de tristesse ou de questions :
« Pourquoi personne ne l’a remarqué ? »
« Qu’est-ce que cela aurait changé si je l’avais su plus tôt ? »
Il n’existe pas de réaction universelle.
Et un diagnostic ne résume jamais une personne.
Il peut néanmoins permettre d’accéder à une meilleure compréhension de son fonctionnement et à des accompagnements adaptés.


