Mon ado n’aime plus son corps : comment l’aider sans banaliser son mal-être ?

Adolescent face au miroir et difficultés avec son image corporelle

« Je suis moche. »
« Je suis trop gros(se). »
« Je déteste mes jambes. »
« Je ne veux pas me mettre en maillot. »

À l’adolescence, les remarques sur le corps peuvent devenir fréquentes. Elles peuvent déstabiliser les parents : faut-il rassurer ? Minimiser pour ne pas donner trop d’importance au problème ? Parler alimentation ? Évoquer les réseaux sociaux ? Ou, au contraire, s’inquiéter ?

Le rapport au corps évolue beaucoup pendant l’adolescence. La puberté transforme parfois rapidement un corps que le jeune avait l’habitude de connaître. À cela s’ajoutent le regard des autres, la comparaison, les remarques des camarades et les images auxquelles les adolescents sont exposés quotidiennement.

Ne plus aimer son corps à certains moments ne signifie donc pas automatiquement qu’un adolescent souffre d’un trouble. Mais lorsque ce mal-être devient envahissant, modifie ses comportements ou l’amène à s’isoler, il mérite d’être entendu.

Pourquoi mon ado critique-t-il constamment son corps ?

À la puberté, le corps peut changer vite : taille, silhouette, peau, pilosité, poitrine, musculature, voix…

Ces transformations ne sont pas toujours vécues au même rythme que la maturation émotionnelle. Un adolescent peut avoir l’impression que son corps lui échappe ou qu’il ne correspond plus à l’image qu’il avait de lui-même.

Et à cet âge, le regard des autres prend également beaucoup de place.

Une remarque apparemment anodine, une comparaison avec un camarade, une photo ou une réflexion entendue au collège ou au lycée peuvent devenir particulièrement importantes.

Le problème n’est donc pas nécessairement son corps.

C’est parfois le regard qu’il porte désormais sur lui.

Pourquoi la puberté peut-elle faire perdre confiance en soi ?

L’adolescent construit progressivement son identité.

Il se demande :

  • Qui suis-je ?
  • À quoi est-ce que je ressemble ?
  • Est-ce que je suis « normal » ?
  • Est-ce que je plais ?
  • Qu’est-ce que les autres pensent de moi ?
  • Est-ce que je ressemble suffisamment aux autres pour être accepté ?

À une période où appartenir au groupe est important, se sentir physiquement différent peut fragiliser la confiance en soi.

Et cette différence peut être minuscule aux yeux d’un adulte tout en occupant une place énorme dans la tête de l’adolescent.

Dire simplement « ce n’est rien » risque alors de ne pas produire l’effet espéré.

Que répondre quand mon ado dit « je suis gros(se) » ou « je suis moche » ?

Le réflexe parental est souvent immédiat :

« Mais pas du tout ! Tu es très bien comme ça ! »

L’intention est excellente : rassurer.

Mais votre adolescent ne vous demande pas forcément de confirmer ou d’infirmer objectivement son apparence. Il exprime peut-être surtout ce qu’il ressent lorsqu’il se regarde.

Vous pouvez essayer d’ouvrir la conversation :

« Qu’est-ce qui te fait penser ça en ce moment ? »

« Est-ce qu’il s’est passé quelque chose ? »

« Quelqu’un t’a fait une remarque ? »

« Depuis quand tu te sens comme ça ? »

L’objectif n’est pas de l’interroger façon commissariat de police, mais de lui laisser une porte ouverte.

Il ne la franchira peut-être pas immédiatement.

Savoir que cette porte existe compte déjà.

Faut-il rassurer son adolescent sur son physique ?

Oui, mais pas uniquement.

À force de répondre à une inquiétude physique uniquement par un compliment physique, on risque involontairement de renforcer l’idée que l’apparence détermine la valeur personnelle.

Il est donc intéressant de valoriser également ce qui constitue votre adolescent au-delà de son corps :

ses qualités, son humour, sa créativité, sa persévérance, sa gentillesse, ses compétences, ses passions, ses progrès ou encore sa manière d’être avec les autres.

Son corps fait partie de lui.

Il n’est pas tout ce qu’il est.

Adolescent se comparant aux autres sur les réseaux sociaux

Quel rôle jouent les réseaux sociaux et la comparaison ?

Les adolescents n’ont évidemment pas attendu Instagram ou TikTok pour se comparer.

Mais les réseaux sociaux ont considérablement augmenté le nombre d’images auxquelles ils peuvent se comparer.

Photos choisies parmi plusieurs dizaines, poses travaillées, filtres, retouches, éclairages flatteurs… Ce qui apparaît comme une représentation ordinaire du corps ne l’est pas nécessairement.

Le problème n’est donc pas seulement le temps passé devant un écran.

Il peut être intéressant de se demander :

Comment mon adolescent se sent-il après avoir regardé certains contenus ?

Inspiré ? Amusé ? Indifférent ?

Ou systématiquement moins beau, moins mince, moins musclé, moins intéressant ?

Plutôt qu’une guerre frontale contre le téléphone — guerre dont les parents connaissent généralement l’issue — on peut l’aider progressivement à développer un regard plus critique sur ce qu’il regarde et sur les comptes auxquels il se compare.

Comment aider son ado à avoir un rapport plus apaisé avec son corps ?

L’objectif n’est pas nécessairement de lui faire déclarer devant son miroir :

« J’adore mon corps ! »

Pour certains adolescents, ce serait déjà énorme de passer de :

« Je déteste mon corps »

à :

« C’est mon corps et j’apprends à vivre avec lui. »

Vous pouvez notamment :

  • éviter les commentaires répétés sur son poids ou sa silhouette ;
  • éviter également de critiquer constamment votre propre corps devant lui ;
  • valoriser ses qualités et ses capacités indépendamment de son apparence ;
  • favoriser des activités dans lesquelles le corps est vécu pour ce qu’il permet de faire, et pas uniquement pour son apparence ;
  • rester disponible lorsqu’il souhaite parler, sans chercher immédiatement à résoudre le problème ;
  • être attentif aux éventuelles moqueries ou situations de harcèlement ;
  • observer si son rapport à l’alimentation, au sport ou aux autres commence à changer.
Parent discutant avec son adolescent de l'image du corps

Quand faut-il s’inquiéter et demander l’avis d’un professionnel de santé ?

Une insatisfaction corporelle ponctuelle n’est pas la même chose qu’un mal-être qui s’installe.

Certains changements méritent une attention particulière, notamment lorsqu’ils apparaissent brutalement, s’intensifient ou se cumulent :

  • restriction ou modification importante de l’alimentation ;
  • repas évités régulièrement ;
  • préoccupation très importante autour des calories, du poids ou de la nourriture ;
  • perte ou variation importante de poids ;
  • activité physique devenue excessive ou compulsive ;
  • isolement ou abandon d’activités appréciées auparavant ;
  • peur importante de montrer son corps ;
  • dévalorisation permanente ;
  • anxiété ou humeur qui se dégrade ;
  • comportements destinés à compenser ce qui a été mangé ;
  • scarifications, propos suicidaires ou autre comportement mettant le jeune en danger.

Dans ces situations, un médecin, un pédiatre ou un professionnel de santé doit être consulté.

L’accompagnement émotionnel ne remplace ni le diagnostic ni la prise en charge médicale ou psychologique lorsqu’ils sont nécessaires.

Et si le problème est surtout devenu émotionnel ?

Parfois, l’adolescent ne présente pas de trouble nécessitant une prise en charge médicale, mais son rapport au corps s’est associé à d’autres difficultés :

  • peur du regard des autres ;
  • comparaison permanente ;
  • manque de confiance ;
  • anxiété ;
  • hypersensibilité aux remarques ;
  • difficulté à s’affirmer ;
  • émotions difficiles à exprimer.

Un accompagnement peut alors l’aider à mettre des mots sur ce qu’il vit et à travailler progressivement sur ses émotions, sa confiance et le regard qu’il porte sur lui-même.

Dans mon accompagnement des enfants et adolescents à Yffiniac, je m’adapte à l’âge, à la personnalité du jeune et à ce qu’il est prêt à exprimer. L’objectif n’est pas de lui apprendre à « aimer son corps sur commande », mais de l’aider à retrouver davantage de sécurité intérieure et de confiance.

À retenir

Quand un adolescent dit qu’il n’aime plus son corps, la première question n’est pas forcément :

« Comment lui prouver qu’il est beau ? »

Mais plutôt :

« Qu’est-ce qu’il est en train de vivre derrière cette phrase ? »

Écouter sans banaliser, observer sans surveiller, rassurer sans réduire sa valeur à son apparence et demander de l’aide lorsque le mal-être devient important : ce sont déjà quatre façons de l’accompagner.

Et parfois, derrière un simple « je suis moche », il y a surtout un adolescent qui cherche encore comment se regarder avec un peu moins de dureté.

 

Mon ado n’aime pas son corps : vos questions fréquentes

Mon ado dit qu’il est gros ou moche : que dois-je lui répondre ?
Évitez de répondre uniquement « mais non, tu es très bien ». Essayez plutôt de comprendre ce qui se cache derrière cette phrase : une remarque reçue, une comparaison, un changement lié à la puberté ou une baisse de confiance. Vous pouvez lui demander simplement : « Qu’est-ce qui te fait te sentir comme ça en ce moment ? »

Est-il normal qu’un adolescent n’aime pas son corps ?
Il est fréquent que le rapport au corps devienne plus compliqué à l’adolescence, notamment avec les transformations de la puberté et le regard des autres. En revanche, si cette insatisfaction devient permanente, provoque un isolement ou modifie l’alimentation, le sommeil, les activités ou le comportement du jeune, il est important d’en parler avec un professionnel de santé.

Faut-il parler du poids avec son adolescent ?
Mieux vaut éviter de focaliser les échanges sur le chiffre de la balance ou l’apparence. Si vous êtes préoccupé par son poids, son alimentation ou sa croissance, le médecin ou le pédiatre est l’interlocuteur adapté. À la maison, privilégiez plutôt les échanges autour de sa santé, de son bien-être et de ce qu’il ressent.

Les réseaux sociaux peuvent-ils vraiment modifier l’image qu’un ado a de son corps ?
Ils peuvent renforcer la comparaison, notamment lorsque le jeune est exposé de façon répétée à des physiques très valorisés, sélectionnés ou retouchés. Plus que d’interdire systématiquement les réseaux, il est utile de l’aider à identifier les contenus qui le font se sentir moins bien et à développer un regard critique sur les images qu’il regarde.

Comment savoir si les complexes de mon ado deviennent préoccupants ?
Soyez notamment attentif à une préoccupation envahissante pour son corps ou son poids, une modification importante de son alimentation, l’évitement des repas, l’isolement, l’abandon d’activités, une activité physique excessive ou une forte dévalorisation. Un changement brutal ou plusieurs signes associés justifient de demander conseil à un médecin.

Qui consulter si mon adolescent n’aime plus son corps ?
Le médecin traitant ou le pédiatre peut être un premier interlocuteur, notamment lorsqu’il existe des changements concernant le poids, l’alimentation, la santé ou le comportement. Selon la situation, il pourra orienter vers un autre professionnel. Un accompagnement émotionnel peut intervenir en complément pour travailler notamment la confiance en soi, l’anxiété, les émotions ou le regard des autres.

Pourquoi mon adolescent manque-t-il soudainement de confiance en lui ?
L’adolescence cumule de nombreux changements : puberté, relations avec les autres, recherche d’identité, comparaison et besoin d’appartenance au groupe. Le rapport au corps peut être une partie du problème sans en être l’unique cause.

 

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